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Procès
Confessions bénédictines aux Assises
Pendant, cette première journée d'audience, les jurés de la cour d'assises des Bouches-du-Rhône vont se pencher sur la personnalité du père Auguste Woestelandt. Ils vont devoir également ouvrir largement les portes du monastère et descendre dans l'intimité de cette communauté de frères.


Jeudi 19 novembre 2003

Rachid.B

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"Je compatis à la peine du père Auguste et à celle de celui qui pense être victime d'une vérité qui le dépasse".
Mgr Jacques Noyer - Cour d'assises des bouches du Rhône - Mercredi 18 novembre 2003

  Un parfum de scandale flotte mercredi dans la cour d'assises de Draguignan. Dans le box, deux hommes prennent place : Auguste Woestelandt, 68 ans, le père supérieur du prieuré de Notre-Dame- des-Champs à Arles et Philippe Boningue, 41 ans, un employé du monastère.

Selon l'acte d'accusation, le père Auguste Woestelandt aurait entre1996 et 1997 fait subir des attouchements sexuels puis des viols au jeune David en profitant de sa fragilité. En effet, le moine sous prétexte de lui porter secours, aurait profité des crises d´épilepsie du novice pour entrer dans sa chambre et lui imposer des relations sexuelles.

Concernant l'employé Philippe Boningue, le parquet l'accuse d'avoir tenu les bras de la victime présumée pendant que le moine le sodomisait.

Auguste Woestelandt, un moine bénédictin fonde en 1975, une congrégation religieuse à l'image de celle de la Maison Mère fondée près d'Amiens en 1966, qui se consacre à l'accueil des personnes de santé physique ou psychique fragile " pour mettre à la portée des malades et des handicapés la vie monastique bénédictine, et leur permettre de devenir moine à part entière et de suivre la Règle de St Benoît dans la mesure qui leur est possible ".

Les témoins qui se sont succédés à la barre ont dressé de l'accusé le portrait d'un " père spirituel " doté d'une forte personnalité, d'un caractère souvent autoritaire, qui régnait sans partage sur les pensionnaires du monastère.

Le collaborateur de l'accusé, le second dans cette communauté, est interrogé sur son supérieur mais également sur les pressions qu'il a exercées durant l'instruction sur tous témoins hostiles au père Auguste. Il explique alors, à la cour qu'il se méfie de la justice et qu'il voulait donner " une leçon aux nabots intellectuels qui travaillent à l'accusation". Pour celui-ci, il n'y a aucun doute : le père Auguste est innocent.

Une opinion partagée par Mgr Jacques Noyer, qui à l'époque des faits, était l'autorité de tutelle de cette congrégation et se dit " stupéfait " par les accusations portées à l'encontre du moine. Pour cet évêque, les actes reprochés au père supérieur ne peuvent être vrais : "Je compatis à la peine du père Auguste et à celle de celui qui pense être victime d'une vérité qui le dépasse" dit-il à l'audience.

Confessions intimes

Pendant l'enquête, le violeur présumé a reconnu ses penchants homosexuels. Il admet avoir des " fantasmes ", des " pulsions " mais souligne-t-il, " jamais, je ne suis passé à l'acte ". Or devant la cour, les moines qui se succèdent à la barre font état non de simples tendances " refoulées " mais de pratiques sexuelles bien réelles réalisées au sein même du monastère.

Des témoignages qui ont mis à mal, l'image de ce père supérieur mais aussi de l'honorable prieuré. Les jurés ébahis ont rapidement compris que le prieuré était le théâtre de pratiques pour le moins " étranges " voire " étonnantes ". Ainsi, la vie de la congrégation ne semble pas être réglée uniquement par la prière et la méditation. Les témoins rapportent que des livres et cassettes pornographiques circulent, ils racontent également, des douches prises à deux, des caresses sur les fesses…
"Un monastère possède forcément une structure homosexuelle" explique un ex-novice. "C'est arrivé qu'il me mette la main au cul, sans plus… Est-ce qu'il avait une arrière-pensée ?" mystère !!!

Les yeux baissés, l'air gêné, frère Jean, raconte "Le père m'a demandé :"Est-ce que tu veux bien me montrer ton sexe ?" J'ai dit non. Il a tout de suite levé la main : "Oh, si ça te dérange, on n'en parle plus." On n'en a plus parlé."
Mais frère Jean (*) ne lui en veut pas. "Il m'a fait une petite demande homosexuelle. Nous sommes en chair et en os. Ni des saints ni des anges."

Frère Paul (*)assure qu'en 1984, pénétrant dans le bureau du père Auguste, il a surpris celui ci à demi-nu avec un moine : "Il me semblait qu'ils étaient tous deux d'accord" souligne-t-il. En ce qui concerne, David, il reconnaît qu'il était "Le chouchou du père. Et quand il a un chouchou, ça veut dire qu'il y a relation sexuelle avec le père par-derrière." explique-t-il. L'avocat de la partie civile, Me Jean Chevais est sidéré :
"Alors, tout le monde savait ce qui s'était passé ?"
"Probablement", répond frère Paul.

A la fin des témoignages, l'atmosphère est bien pesante dans la salle d'audience. Personne ne peut plus ignorer que chacun des pensionnaires savaient parfaitement que le père Auguste entretenait des relations sexuelles avec certains moines mais également avec David.

Demain, la Cour entendra la victime aujourd'hui âgée de 30 ans. Le verdict est attendu vendredi après-midi.

* Les prénoms ont été modifiés.

POUR ALLER PLUS LOIN :
Le journal Libération

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